Un peu de lecture ?

De tout et de rien

Un peu de lecture ?

Messagede Linoute » Mer 29 Juin 2016 11:11

Après une petite discussion sympathoche avec Arrakis, j'ai accepté de vous faire partager une nouvelle que j'ai écrite. Histoire de se détendre. ;) Pour info, le décor est planté en Corse.

Meurtre à la gomme

Madame Hécart, la mère d’Eléonore, gravit prestement l’escalier qui menait au bureau de Madame Roche, directrice de l’école primaire. La punition injuste infligée à son rejeton l’avait plongée dans une colère noire, très noire.
Tous les parents se plaignaient de son extrême sévérité mais, prudents, se contentaient de le faire à l’extérieur des grilles de l’établissement.

Madame la directrice terrorisait. C’était une grosse dame ronde comme une coppa (1) trop courte dotée d’une paire de seins énormes et répandus. Son visage en forme de lune était incrusté de deux minuscules yeux noirs, surmontés d’une épaisse chevelure courte, blonde et huileuse dont la frange était retenue sur le côté par une éternelle barrette.
Elle ne parlait pas, elle éructait en reprochant et en grondant. Elle punissait également sans cesse pour des raisons qu’elle seule comprenait. Et quand elle ne hurlait pas, elle ronchonnait. C’est ainsi que Madame Roche fut surnommée Madame Ronchon.
Certains parents pensaient même qu’il s’agissait de son vrai patronyme tant il lui allait comme un gant (de crin).

La plupart des instituteurs étaient en froid avec elle. Elle réduisait de moitié le nombre autorisé des photocopies par classe obligeant les élèves à suivre à deux sur la même feuille, accusait les professeurs qui taillent trop souvent leurs crayons de mettre en péril l’équilibre financier de la coopérative scolaire et du coup, inventoriait le contenu des poubelles de chaque classe tous les soirs.
En poste depuis dix ans, tous attendaient que l’heure de sa retraite sonne, une bouteille de champagne bien cachée au fond du tiroir de Monsieur Lagrive, maître au cours préparatoire.
Trois années consécutives, tous y avaient cru. Trois fins d’années scolaires lors desquelles elle annonça son départ, les yeux cernés et la barrette de travers, à une assemblée d’instituteurs empreints d’espoir. Et trois rentrées scolaires où elle réapparut, fraîche comme un gardon, l’œil cruellement vif et une barrette neuve à l’angle de son front luisant, face à des paires d’yeux déconcertés qui perdaient ainsi en une minute l’effet bénéfique de leurs longues vacances d’été.

La bouteille de champagne se bonifiait donc sagement, dissimulée dans un emballage de boîtes de cacahuètes auxquelles elle était allergique –c’était notoire- et qu’elle ne risquait pas d’approcher, pas même par curiosité.

Madame Hécart, d’un leste index coudé chargé de ressentiment, frappa à la porte de la directrice puis posa sa main sur la poignée, prête à l’actionner. Elle attendait le sésame éructé par l’occupante pour entrer. Comme il ne venait pas, elle frappa une seconde fois, plus fort. Le silence comme seule réponse, résignée et déçue, elle rebroussa chemin. Alors qu’elle redescendait l’escalier, elle croisa le gardien de l’établissement.
- Madame Roche n’est pas là ?
- Si. Je l’ai vue monter dans son bureau en début d’après-midi mais elle n’en est pas ressortie, j’en suis certain. Elle avait même convoqué, à l’heure de la récréation, un gamin de cours préparatoire que j’ai d’ailleurs vu passer tout à l’heure.

La jeune femme décida donc de frapper à nouveau à la porte. Madame Roche pouvait bien être de celles qui ne voulant pas être dérangées, ne répondait pas. Agacée par cette idée, elle ouvrit promptement, prête à affronter l’ogre promu par l’Education Nationale.
Lorsqu’elle aperçut la directrice, elle s’immobilisa, pétrifiée. Celle-ci était assise à son bureau, les bras ballants vers le sol, la tête en arrière, la bouche ouverte, deux choses indéfinissables plantées dans les narines et les yeux exorbités. Aucun son, aucun cri ne sortirent de la bouche paralysée de la jeune mère. Mécaniquement, elle s’approcha de la grosse directrice et remarqua qu’une gomme avait été enfoncée dans chacune de ses narines, de ces gommes rose d’un côté pour le crayon à papier et bleue de l’autre pour le stylo à bille. Seuls les bouts bleus apparaissaient.

La police, prévenue par le concierge totalement paniqué, arriva sur place et boucla immédiatement les lieux du drame. Pendant qu’une équipe s’attelait aux premières constatations, une autre procédait aux interrogatoires des témoins. Il en ressortit assez rapidement que Madame Roche était morte étouffée pour une autre raison que les gommes bleues et roses dont on l’avait décorée lesquelles excluaient pourtant, de par leur présence, une mort naturelle. L’autopsie révélerait la cause exacte du décès.

La nouvelle fit l’effet d’une traînée de poudre et il faut bien le reconnaître, déclencha quelques sourires béats sur certains visages d’enfants, de parents ou de professeurs.

La première conclusion de la police fut la réponse qu’elle put donner sans crainte d’erreur à la question « à qui profite le crime ? ». A tout le monde, c’était manifeste.

C’est l’inspecteur Nanaimo, un grand gaillard un peu ventru et un peu bridé en souvenir d’un grand-père japonais, qui entrevit le premier le petit morceau de papier blanc coincé entre les seins de la défunte et qui dépassait à peine. Il s’agissait d’un petit mot écrit de la main dodue de la directrice…
J’étais menacée. Plutôt mourir que de livrer mes secrets. Adieu.

Des secrets ? Quels secrets ?

La mort remontait à 14 heures 30 de l’après-midi, heure à laquelle tous les instituteurs étaient en classe avec leurs élèves, donc avec un alibi en béton encore plus armé que tous les cagoulés de Tralonca (2) réunis. Le gardien, interrogé, assura qu’il n’avait vu personne monter vers le bureau de Madame Roche, hormis un petit garçon convoqué à l’heure de la récréation et qu’il vit effectivement passer à 15 heures 30 pour passer à nouveau dans l’autre sens et réintégrer la cour cinq minutes plus tard.

On appela le petit garçon.
- Comment t’appelles-tu et quel âge as-tu petit ? Interrogea l’inspecteur Nanaimo.
- J’a m’appelle Wolfgang et j’a six ans et demi, répondit timidement le garçonnet.
- Tu as vu Madame Roche cet après-midi ?
- C’est Ronchon son nom, pas Roche ! Non je l’a pas vue. J’a frappé à sa porte mais l’a pas répondu.
- Pourquoi voulait-elle te voir ?
L’enfant baissa les yeux et ferma sa bouche en une moue résolument hermétique.


- Tu peux me le dire, personne ne le saura.
Wolfgang soupira et accepta de faire confiance à ces yeux bridés qui lui rappelaient ses amis les Mangas.
- J’a fait pipi à côté de là où qui faut. C’est la faute à Madame Ronchon, elle a crié pendant que j’étais en train de faire pipi et je m’a retourné pour voir qui elle grondait, alors j’a fait pipi à côté de là où qui faut et elle m’a vu. Voilà.
- Tu l’aimes bien la directrice ?
- Ah ben non ! Y’a personne qui l’aime à l’école ! Même que mon Papa il a dit que c’était un remède contre l’amour !
- D’accord Wolfgang, je te remercie. Tu as été formidable. Tu peux repartir.

Quand l’inspecteur Nanaimo regagna son bureau, il sortit un chewing-gum à la chlorophylle de son tiroir et se cala contre le dossier de son fauteuil pour réfléchir tranquillement tout en mâchouillant.
- Récapitulons, se dit-il à voix basse, une directrice haïe de tous est morte étouffée dans son bureau à 14 heures 30. Une lettre trouvée sur elle semble indiquer qu’elle s’est suicidée. Cette lettre fait référence à des secrets que nous ignorons totalement. Les gommes trouvées dans ses trous de nez laissent pourtant penser que tout ceci est une mise en scène macabre. Pourquoi des gommes ? Personne n’a vu quoique ce soit, pas même le petit Wolfgang, et nous n’avons aucun suspect. Quant au concierge, il est hors de cause puisque nous avons pu vérifier qu’il était dans sa loge, au téléphone avec son frère de 13 heures 54 à 15 heures 12. De surcroît, sa loge se situe près de l’escalier qui mène au bureau de la décédée et il aurait forcément vu quelconque personne passer.

Il cracha son chewing-gum dans la corbeille et rentra chez lui, convaincu que le résultat de l’autopsie éclairerait l’affaire.

Lorsque le compte-rendu de l’autopsie tomba sur le bureau de Nanaimo le lendemain matin, juste avant de partir perquisitionner le domicile de Madame Roche, son sang ne fit qu’un tour. Il révélait non seulement que la victime était décédée des suites d’un étouffement lié à un choc anaphylactique causé par une allergie à des cacahuètes qu’elle avait ingurgitées en très grande quantité mais également que les empreintes digitales de la décédée ne correspondaient pas à celles de Aude Roche, née le 2 février 1950 à Bastia, Haute-Corse ! Le rapport ajoutait qu’elle n’avait pas été violée, mais de cela il s’en doutait…

Serait-ce l’un des secrets auxquels la morte faisait allusion dans sa lettre ? Mais alors qui était cette femme ? L’Education Nationale venait de confirmer la nomination en 1997 d’une Aude Roche au poste de directrice d’école. Usurpation d’identité ?
Où se trouvait la véritable Aude Roche ?
Rien ne coulait de source…

La villa de Madame Roche (nous continuerons à l’appeler ainsi tant que Nanaimo n’aura pas progressé dans cette affaire) était une bâtisse sur deux étages. Elle y vivait seule. Claire et spacieuse, elle était meublée avec goût. Les policiers entreprirent une fouille méthodique de toute la maison. L’inspecteur Nanaimo supervisait et donnait des ordres. Les policiers perquisitionnaient depuis environ deux heures quand l’un d’entre eux découvrit derrière une aquarelle accrochée au mur, deux documents dactylographiés. Sur le premier, on pouvait lire :

Madame Gabriola. Il est temps de dire la vérité et de libérer ma sœur. Vous allez avoir des ennuis, ça vous pouvez en être certaine. Signé : Vous savez qui.

Sur le second :

Madame Gabriola. Vous ne m’écoutez pas et ne décrochez plus votre téléphone. Vous avez deux jours pour libérer ma sœur sinon je dis à tout le monde qui vous êtes. Signé : Vous savez qui.

La perquisition ne donna rien de plus mais c’était déjà pas mal puisqu’elle leur livrait un début de piste. L’inspecteur ordonna qu’on lui procure la liste de tous les appels téléphoniques reçus au domicile de la défunte depuis trois mois et demanda à ce que chaque appel soit identifié.
Ce fut fait en un temps record par un petit flic en quête d’avancement. Il faut dire que seuls trois numéros de téléphone différents en appel entrant figuraient sur le listing... Le premier se révéla être celui de Télétel 2, lequel après vérification ne mena qu’à un pool de standardistes qui s’appelaient toutes Sylvie. Le second aboutit à Pizza Roro, lequel Roro, interrogé, déclara qu’elle lui commandait régulièrement une pizza sans allergène et que cette cliente était tellement désagréable qu’il avait pris l’habitude de la prévenir dès que sa pizza était prête afin d’éviter qu’elle stationne trop longtemps devant son camion. Quant au troisième, il correspondait à un certain Tom Hégeiry habitant à Ajaccio.
C’est sur ce dernier que Nanaimo concentra son attention.
Tom Hégeiry, la cinquantaine, petit, trapu, le cheveu rare et gris, faisait cohabiter des yeux de chat avec un petit nez de souris. Lorsqu’il ouvrit la porte à notre inspecteur et que ce dernier eut décliné son identité, son visage s’illumina et de sa bouche minuscule sortit un :
- Enfin !
Les révélations de Tom scotchèrent Nanaimo sur le fauteuil du salon où son hôte l’avait prié de s’installer tout en lui servant un scotch. Doublement scotché donc…
Il se disait être le frère de la vraie Aude Roche disparue il y a tout juste dix ans, qu’il avait connu Madame Gabriola à l’époque où elle tenait un caboulot à Marseille, qu’il était client de ce caboulot et que sa sœur Aude y arrondissait ses fins de mois d’institutrice. Il n’avait jamais averti la police par peur d’anéantir la carrière de sa sœur mais aujourd’hui, « c’en est trop, il faut que ça cesse », soupira-t-il.
- J’ai découvert que Madame Gabriola avait usurpé l’identité de ma sœur, poursuivit-il devant un Nanaimo abasourdi. Elle m’avait confié un soir qu’elle aurait rêvé d’être maîtresse d’école et que ma sœur avait bien de la chance d’être nommée directrice d’une école primaire. Madame Gabriola était jalouse et détestait Aude. Elle détestait de toute façon tout le monde. C’était un pit-bull. Quand j’ai lu dans Corse-Matin qu’elle avait été retrouvée morte, j’ai débouché une vieille bouteille de limoncellu (3) que je gardais précieusement pour une grande occasion. J’en avais trouvé une. Et Aude ? Vous l’avez trouvée ? Je sais juste que là où elle se trouve, elle est entourée de bouteilles de Châteauneuf du Pape.
Madame Gabriola avait ironisé sur ce point, sachant que ma sœur était une grande amatrice de vin. Mais je ne sais rien de plus.
Il s’interrompit, épuisé. Soudain, un vent de panique l’envahit :
- Je n’y suis pour rien ! Je ne l’ai pas tuée !
- Certes… Mais vous avez commis une faute grave en ne prévenant pas la police ! Depuis dix ans ! Vous rendez-vous compte ? Vous allez être poursuivi par la justice. De plus, tant que nous n’avons pas trouvé l’assassin, vous êtes le suspect n° 1…
Le museau sur le menton, Tom baissa les yeux. Dans un murmure, il lui répondit :
- Je ne voulais pas que l’on sache que ma sœur avait fait la pute.
- Mais au fait, comment se fait-il que vous n’ayez pas le même nom que votre sœur ?
- Notre mère vendait des assurances-vie au porte à porte. Nous avons été conçus par accident alors qu’elle se démenait pour décrocher des contrats. Aude fut reconnue par amitié par un copain de notre mère. Quant à moi, je porte le nom de Maman.

Oui mais... et les gommes ?

L’enquête sur l’assassinat de la directrice n’avançait pas mais néanmoins, la police découvrit deux jours plus tard la cave dans laquelle la véritable Aude Roche était enfermée…
Ils eurent vite fait d’apprendre que Madame Gabriola, de son vrai nom Annick Tammaire, possédait une maison de village à quelques kilomètres de son domicile.
Quand ils arrivèrent sur les lieux, après avoir fait ouvrir la porte d’entrée par un serrurier, ils trouvèrent sans peine la lourde trappe qui menait à la cave. Retenue par un gros cadenas, ils durent utiliser une scie à métaux empruntée à un voisin pour en venir à bout. Puis, fébrilement, ils soulevèrent la trappe, faisant apparaître un escalier de meunier en bois.

Nanaimo, sa torche à la main, s’y engagea prudemment. Il entrevit des casiers de bouteilles poussiéreuses. Du Châteauneuf du Pape. Annick Tammaire avait dit vrai.
- Il y a quelqu’un ? Risqua-t-il.
Une ombre se profila dans le faisceau de la lampe. Une femme aux cheveux courts et hirsutes, accoutrée d’un immense chandail vert et d’un pantalon de jogging noir apparut soudain, les yeux arrondis par une expression indéfinissable.
- Oui…
- Madame Roche ?
- Oui…
- C’est la police. Nous venons vous délivrer.
La femme eut un brusque mouvement de recul. Elle semblait inquiète. Puis se rapprochant à nouveau de l’escalier demanda :
- Vous avez un tire-bouchon ?

Aude Roche avait sombré dans la folie. Dix ans d’enfermement… Elle fut internée. Toujours enfermée mais moins…

Annick Tammaire était démasquée, Aude Roche était retrouvée, Tom Hégeiry était sous étroite surveillance judiciaire mais… nous ne savions toujours pas dans quelles mystérieuses circonstances la directrice avait trouvé la mort.

C’est Monsieur Lagrive, l’instituteur de cours préparatoire (celui qui cachait la bouteille de champagne dans son tiroir, souvenez-vous) qui permit à la police de clore l’affaire, deux semaines plus tard alors que l’enquête piétinait.
Un message laissé au standard par le maître attendait l’inspecteur Nanaimo sur son bureau un après-midi au retour du déjeuner :
« Prenez contact avec moi le plus rapidement possible. Important ».

Nanaimo ne tarda pas et se rendit illico à l’école primaire. Lorsqu’il fit irruption dans la classe, Monsieur Lagrive ne parut pas surpris. Il ordonna aux enfants de continuer leur exercice de calcul dans le silence et demanda à Wolfgang de le suivre. Entraînant l’inspecteur dans le couloir, il lui demanda d’écouter attentivement ce que Wolfgang avait déjà déclaré à son maître dans la matinée.
- Vas-y Wolfgang, n’aies pas peur. Répète au policier ce que tu m’as dit ce matin.
Le regard du garçonnet passait du maître au policier, puis du policier au maître. Il hésitait. Monsieur Lagrive décida de l’aider.
- Quand tu as été voir Madame Roche l’autre fois, tu n’as pas fait demi-tour comme tu l’avais dit, n’est-ce pas ?
- Non Maître. J’a rentré dans le bureau.
- Qu’as-tu vu alors ?
- J’a vu Madame Ronchon. Madame Ronchon qu’elle s’appelle ! Pas Madame Roche !
- D’accord. Madame Ronchon. Que faisait Madame Ronchon quand tu es rentré dans le bureau ?
- Elle dormait.
- Et alors, qu’as-tu fait ?
- J’a été voir si elle dormait beaucoup et pis comme j’a vu que oui, j’a regardé sur son bureau et j’a vu deux gommes. J’a pris les gommes et j’y a mis dans l’pif.
- Mais pourquoi donc ? Interrogea Nanaimo stupéfait.
- Pour effacer Madame Ronchon M’sieur…

C’est ainsi que l’affaire de la directrice fut classée. Elle s’était bien suicidée, préférant la mort au déshonneur et utilisant son allergie aux cacahuètes pour y parvenir. Tom Hégeiry, malgré quelques déboires avec la justice, s’en tira avec du sursis et des circonstances atténuantes.

Quant aux instituteurs de l’école, ils débouchèrent leur bouteille de champagne en grignotant gaiement des cacahuètes.


(1) La coppa est de la charcuterie corse (et parfois italienne mais en moins bon…), genre gros saucisson bien rondouillard. Cependant, ce n’est pas un saucisson, c’est de la coppa.
(2) Tralonca, village corse, fut le lieu d’une conférence de presse clandestine du F.L.N.C (Front de Libération National de la Corse) lors de laquelle les membres étaient lourdement armés et cagoulés. Un peu de folklore !
(3) Le limoncellu est une tuerie de liqueur à base de zestes de citron (14 citrons pour 1 litre d’alcool), de sucre et d’eau de vie (de la vraie ! Pas une eau de survie !). A faire macérer dans une dame-jeanne pendant au moins un mois tout en secouant régulièrement. A conserver dans un endroit à l’abri de la lumière et de la chaleur. Une fois prêt, le limoncellu se boit glacé.
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Arrakis » Mer 29 Juin 2016 18:09

Très joliment écrit :bravo:
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede rij99 » Mer 29 Juin 2016 18:47

J'ai bien aimé :)
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Ariane » Mer 29 Juin 2016 20:28

:bravo: :bravo:

Merci tu as ensoleillé mon après-midi :oui:
Le peu que je sais, c'est à mon ignorance que je le dois.
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede moicestmoi » Mer 29 Juin 2016 21:42

:bravo: :bravo:
je te félicite car ça ne doit pas être évident de créer une histoire, :ok:
Haaaaaaaaa !!!!!!!!!!!!!! avant la 32, j'avais une bonne ouie, maintenant, c'est non ;-)
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Linoute » Mer 29 Juin 2016 23:00

Merci... :?
J'en ai plein d'autres en stock et d'autres en cours. Celle-là a été publiée dans un ouvrage collectif sur le thème du polar en Corse.
Mcm, créer une histoire n'est pas compliqué. L'étape la plus difficile est de donner envie au lecteur de la lire jusqu'au bout... :roll:
Ariane, c'est l'air de la Corse qui a ensoleillé ta journée. ;)
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Linoute » Mar 5 Juil 2016 21:13

Une autre ?
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Bebe » Mar 5 Juil 2016 22:03

Ouiii :D
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Arrakis » Mar 5 Juil 2016 22:17

:oui: :saute:
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Ariane » Mar 5 Juil 2016 22:47

Oui, oui :yeah: :bravo: :oui: :fete: :fete:
Le peu que je sais, c'est à mon ignorance que je le dois.
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede INES » Mer 6 Juil 2016 11:11

J'ai bien aimé aussi, très agréable à lire :D

Bonne idée cette page de lecture :bravo:
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Linoute » Sam 9 Juil 2016 15:45

Une autre nouvelle by Linoute... ;)

Le journal intime de la concierge

Olive Lelièvre supervisait depuis vingt-huit ans l’immeuble de six étages sans ascenseur du 3 rue Jacques Callot. Construit juste après la guerre, c’était un bâtiment cossu honorablement campé dans un quartier résidentiel. Lorsqu’on poussait le gigantesque portail peint en vert bouteille, on pénétrait dans le hall où s’alignaient, sur la droite, treize boîtes aux lettres modernes en inox. C’étaient celles des douze locataires ou propriétaires auxquelles s’ajoutait celle de Mme Lelièvre. Mais les boîtes aux lettres ne servaient pas puisque la concierge, chaque matin, distribuait elle-même le courrier après l’avoir préalablement classé, installée dans sa loge située sur la gauche du hall et communiquant avec son petit appartement.

Olive Lelièvre était une vieille fille, petite, vaguement blonde, un peu trapue et les jambes arquées d’avoir monté et descendu tant d’étages depuis vingt-huit ans. Elle portait une blouse, été comme hiver, la plupart du temps imprimée de toutes petites fleurs bleues et roses. Sa seule fantaisie était son maquillage : deux traits épais de crayon noir en guise de sourcils et sa petite bouche fine, un peu pincée, décorée d’un violent rouge orangé.
Proche de la retraite, elle n’économisait cependant pas son énergie et s’affairait du matin au soir au service de son immeuble et de ses habitants. Elle gardait propres les escaliers et les paliers, elle distribuait le courrier, elle renseignait les visiteurs et elle rendait une multitude de petits services aux uns et aux autres. Elle avait bien un jour de congé par semaine mais elle restait à sa loge, par habitude et probablement par ennui. Elle ne recevait jamais personne et nul ne savait si elle avait de la famille. Les gens l’aimaient bien et ses étrennes, à Noël, s’en ressentaient sensiblement.

En ce lundi matin, Mme Lelièvre lavait énergiquement le carrelage gris foncé du hall d’entrée avec un balai espagnol. Le facteur n’allait pas tarder à passer et elle le guettait pour qu’il ne rentre pas salir le dallage mouillé. Elle entendit des bruits de pas. Quelqu’un descendait l’escalier. C’était Monsieur Legoff du premier droite, un vieux monsieur très élégant qui vivait seul.
- Bonjour Mme Lelièvre. Claironna-t-il. Pas de courrier ?
- Bonjour Monsieur Legoff. Non, le facteur n’est pas encore passé. Je vous le glisserai sous la porte puisque vous partez. Répondit-elle mielleusement.
- C’est parfait ! A plus tard.
Elle ne répondit pas et observa d’un œil agacé les traces de pas laissées sur le sol encore humide par le vieil homme alors qu’il sortait de l’immeuble.
Un vrombissement de scooter annonça l’arrivée du facteur. C’était un jeune homme facétieux et toujours de bonne humeur, assez beau garçon du reste, ce qui n’avait d’ailleurs pas échappé à la concierge.
- Bonjour Miss Monde ! Plaisanta-t-il dans l’encadrement de la porte en lui tendant une pile d’enveloppes tenues par un gros élastique.
Olive Lelièvre attrapa le courrier et lui lança un sourire béat révélant des traces de rouge à lèvres sur les dents.
Elle se dirigea ensuite vers sa loge pour y effectuer un tri méthodique des enveloppes. Elle les rangeait toujours dans le même ordre, du premier étage au dernier. Elle jugeait qu’ainsi, elle était moins essoufflée en arrivant au sixième, puisqu’elle s’était arrêtée à chaque palier précédent.
Puis elle commença tranquillement sa distribution habituelle, glissant le courrier des absents sous la porte ou sous le paillasson selon leurs désirs et échangeant quelques mots avec les présents.
Le reste de la journée fut plutôt tranquille. Elle resta dans sa loge à regarder la télévision, à la disposition des habitants ou des éventuels visiteurs à renseigner.
Le soir, elle fit sa petite cuisine et dîna devant son poste de télévision. Quand l’émission de variétés fut terminée, elle fit sa petite vaisselle et partit se coucher. Calée confortablement dans son lit, elle sortit un cahier d’écolier du tiroir de sa table de nuit, un stylo bleu à bille et écrivit.

Lundi 6 octobre
C’est confirmé, la veuve du second à gauche n’a pas payé son téléphone. Elle a reçu un rappel aujourd’hui. Je m’en doutais parce qu’elle me donne toujours son courrier à poster et que je n’ai pas vu la fameuse petite enveloppe à fenêtre dans laquelle on met son règlement.
M. Legoff a encore trouvé le moyen de passer dans le hall quand je lavais par terre. Je crois qu’il le fait exprès. C’est un vieux schnock.
Le facteur m’a dit quelque chose de très gentil. Je crois qu’il m’aime bien.
Le médecin est passé voir Mademoiselle Lamentin du quatrième droite. Je n’ai pas réussi à savoir ce qu’elle a. Je le saurai sûrement demain. A tortiller du cul comme elle le fait tout le temps, je me demande si elle n’est pas enceinte.
J’ai regardé une émission de variétés ce soir à la télé. Il y avait Sylvie Vartan. Elle a changé de coiffure. Je la préférais avant.

Elle referma son cahier, le rangea à sa place et éteignit la lumière.

Le lendemain matin, à six heures pile, elle rentra le gros container à poubelles qu’elle remisa dans le petit local prévu à cet effet puis elle entreprit de balayer le hall. Elle croisa Monsieur Porcelli du sixième gauche qui partait travailler, tiré à quatre épingles dans son costume bleu marine. Il lui fit un signe de tête courtois et disparut, happé par l’extérieur. Quelques instants plus tard, ce fut au tour de Mademoiselle Lamentin d’apparaître par l’escalier. Ravie de l’aubaine, Olive interrompit immédiatement son balayage et afficha un sourire engageant :
- Bonjour Mademoiselle Lamentin ! Comme vous me semblez fatiguée ce matin ! Vous n’êtes pas malade au moins ?
Elle resta suspendue à la réponse de la jeune femme, le balai à la main et les yeux débordants d’intérêt.
- Tout va bien Madame Lelièvre. Je suis juste très en retard. Bonne journée !
Elle quitta l’immeuble sans que la concierge ait le temps d’enquêter davantage. Cette dernière émit un petit « pfft » râleur, haussa les épaules et résignée, se remit à sa tâche.

Mardi 7 octobre
Mademoiselle Lamentin cache quelque chose, c’est sûr. Je saurai quoi.
Je crois aussi que Madame Frison du cinquième droite a un amant. Cela fait deux fois que je vois un type arriver en pleine journée alors que Monsieur Frison est à son bureau. A surveiller.
Monsieur et Madame Fontenoy du troisième gauche ont reçu une lettre de leurs amis de Marseille. Ils viennent passer les fêtes de fin d’année chez eux avec leurs trois enfants. Ils ont intérêt à ne pas faire trop de boucan ni de saletés dans les escaliers.
Je suis contente de ma technique pour ouvrir les enveloppes à la vapeur. Ça marche très bien.
Et puis je garde le plus beau pour la fin ! Monsieur Legoff a passé une annonce pour trouver une femme ! Il a reçu trois réponses aujourd’hui avec des photos. Je trouve les trois très vieilles et très moches. Mais ça ne me regarde pas.


Comme tous les mercredis, Olive Lelièvre pesta toute la journée. Une dizaine d’enfants habitaient l’immeuble et bien entendu, ils descendaient et montaient les étages bruyamment. Pour couronner le tout, il avait plu toute la nuit et les traces de semelles boueuses s’accumulèrent tout au long de la journée.

Mercredi 8 octobre
Je suis dégoûtée par la façon dont les parents éduquent leurs gosses. Ils les laissent courir dans les escaliers et salir les marches. Je déteste les gosses et la pluie. Pas de chance, aujourd’hui c’était les deux.
Finalement, Mademoiselle Lamentin n’est pas enceinte. Son analyse de sang est normale. Elle a dû juste avoir un peu de fatigue. Forcément, avec la vie qu’elle mène.
L’amant de Madame Frison du cinquième droite n’est pas venu aujourd’hui. Sûrement à cause des enfants qui étaient là. N’empêche que si il n’avait rien à se reprocher, il viendrait même le mercredi.
J’ai eu la migraine toute la journée.


Les jours se suivent et se ressemblent quand on est concierge mais parfois, quelque événement vient distraire le quotidien : aujourd’hui on livrait le nouveau salon de Monsieur et Madame Testard du troisième droite. Notre Olive Lelièvre, excitée comme une puce, arpente le trottoir du 3 rue Jacques Callot en scrutant le bout de la rue à l’affût de la camionnette de livraison. Elle a déjà ouvert en grand les deux battants du portail. Elle est prête. Madame Testard lui a dit « Ils doivent livrer entre neuf et dix heures ». Il est dix heures cinq et Olive grommelle :
- Par leur faute, je vais prendre du retard et je vais rater Les z’amours à la télévision. Je parie qu’ils sont au bar. Encore des gens payés à rien faire !
A dix heures vingt, un fourgon ralentissait sur la chaussée. Le passager, un petit homme tout sec et gringalet, descendit prestement du véhicule, un papier à la main.
Machinalement, Olive regarda les pieds du livreur. Propres et secs. « Au moins ça » pensa-t-elle. Le chauffeur, frisant probablement l’âge de la retraite, descendit à son tour de la camionnette et déverrouilla les portes à l’arrière. Ses pieds plurent également à la concierge.
La livraison ne dura pas plus de trente minutes pendant lesquelles Madame Lelièvre ne les quitta pas d’une semelle, évaluant avec eux la largeur des escaliers, commentant le poids du canapé et leur tenant ouverte la porte d’entrée de Madame Testard, laquelle porte tenait pourtant ouverte toute seule. Madame Testard réceptionna son nouveau mobilier et signa le bon de livraison tandis que Madame Lelièvre jetait un petit coup d’œil environnant dans l’appartement.

Jeudi 9 octobre
Les Testard du troisième gauche ont reçu leur nouveau salon. J’ai vu la facture sur la table de la salle à manger. Ils ont les moyens. On dirait pas à voir comme ça.
Monsieur Legoff du premier droite a encore reçu deux lettres de réponses à son annonce. Ça fait cinq ! J’espère qu’il a la santé le vieux schnock.
Madame Frison a reçu son amant de quatorze heures vingt-cinq à seize heures cinquante. Cette fois, j’ai vu le type se garer. J’ai noté son numéro d’immatriculation, on ne sait jamais. 2907 GPM 92.
La veuve du deuxième gauche a reçu une visite bizarre tôt ce matin. Un homme en costume avec une sacoche noire. Il avait une tête pas sympathique. Je n’ai pas réussi à entendre ce qu’ils disaient.
J’ai toujours la migraine. Il va falloir que j’aille chez l’ophtalmo.


Quand Olive Lelièvre se réveilla le vendredi matin, elle ne parvint pas à se lever tant sa tête la faisait souffrir. Cinq minutes plus tard, elle était morte.

Tous les habitants du 3 rue Jacques Callot étaient présents à l’enterrement d’Olive Lelièvre. Quand ils apprirent son décès, attristés de savoir qu’elle n’avait aucune famille, ils se cotisèrent pour lui organiser des funérailles à la hauteur de l’affection qu’ils avaient pour elle. Ils commandèrent une magnifique couronne de fleurs traversée d’un ruban sur lequel on pouvait lire A notre concierge si dévouée. Madame Frison pleurait à chaudes larmes tandis que Monsieur Legoff veillait à ce que tout se déroule convenablement. Le fils Testard, ému, lut un petit poème que tous les enfants avaient rédigé ensemble et enfin, chacun passa devant le cercueil pour y jeter une petite poignée de terre. On pouvait entendre quelques phrases murmurées dans l’assistance : « Une si gentille dame », « Une femme si discrète », « On l’aimait bien et elle nous le rendait bien »…

Quant au journal intime d’Olive Lelièvre, il fut jeté sans même avoir été ouvert par l’entreprise chargée de vider son petit appartement.

Seul subsista le souvenir d’une concierge irréprochable, dévouée et bienveillante.
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Ariane » Sam 9 Juil 2016 18:46

Merci de m'avoir fait partager ces quelques jours avec Madame Lelièvre :bravo: :bravo:
Le peu que je sais, c'est à mon ignorance que je le dois.
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Arrakis » Lun 11 Juil 2016 17:50

C'était une concierge que tu connaissais ? :D
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Linoute » Lun 11 Juil 2016 20:30

Non, même pas...
Par contre, la directrice d'école de l'histoire d'avant a existé. Tout du moins, son personnage immonde. Je détestais cette bonne femme qui m'en a fait voir de toutes les couleurs à l'époque où j'étais déléguée de parents d'élèves. Je me suis vengée comme j'ai pu ! Le plus rigolo, c'est que l'un des instits de cette école qui a lu ma nouvelle quand elle a été publiée, l'a reconnue ! :) :) :)
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Arrakis » Lun 11 Juil 2016 20:44

Le plus rigolo, c'est que l'un des instits de cette école qui a lu ma nouvelle quand elle a été publiée, l'a reconnue !

:lol:
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede poiluman » Mar 12 Juil 2016 13:19

très sympa ces petites lectures, merci :ok:
Si il n'y a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème (logique shadok).
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Linoute » Ven 22 Déc 2017 22:47

Ce texte me semble indispensable pour comprendre le prochain. A la demande générale de MCM, je continue donc à vous transmettre mes bêtises d'écriture. :)
Pour mieux comprendre, Mr Maurice, c'est mon mari.

Le gros vilain navion...

"Août 2015. Mon-Mr-Maurice et moi préparons nos bagages pour rejoindre le Continent. Le fameux Continent planté en face de la Corse. Celui qui, avec ses mains sur les hanches et son sourire narquois, nous rappelle effrontément que pour le rejoindre, cela va nous coûter la peau des fesses. Soit. Quand faut y aller, faut y aller !...

Après une étude raisonnée, nous convenons d’un voyage en avion puis de la location d’une voiture. Jusque-là, tout va bien. Sauf que… Si l’étude est raisonnée et que nous allons nous y tenir sagement, nous sommes angoissés dès que nous mettons un pied dans un avion.

Inexorablement, le jour J arrive. Je regarde tristement notre sac de voyage s’éloigner sur le tapis roulant à l’enregistrement. Qui va le récupérer si nous ne revenons jamais ? Finalement, le retrouvera-t-on ? Disparaîtra-t-il avec nous ?

En salle d’embarquement, nous éteignons tristement nos téléphones. J’aurais peut-être dû envoyer un dernier SMS à mon fils pour qu’il ait un souvenir récent de sa mère. Zut, c’est trop tard, on nous appelle pour embarquer.

Nous traversons le tarmac et nous dirigeons vers l’avion. Ils ravitaillent l’appareil en carburant. Au passage, nous apercevons, dans le cockpit, le pilote genre coq-pitre. Il me parait bien jeune… Un ado ? Lunettes de soleil Rayban, visage agréable, il est au téléphone et se marre sans retenue. Non mais, sans rire, ce n’est pas ce gamin qui va nous conduire ???!!!! C’est un enfant probablement en conduite accompagnée ! Bon, ok, j’exagère un peu…

Avant d’amorcer la montée de l’escalier, je jette un œil scrutateur sur l’avion. Il a ses deux ailes, les pneus sont gonflés et à première vue, il ne manque pas de boulons. Au moins ça. Je me demande cependant de quand date la dernière révision.

Deux hôtesses au rouge à lèvres écarlate (seraient-elles ainsi plus faciles à repérer si nous chutons en pleine mer ?) nous accueillent en souriant. Bonjour Madame. Bonjour Monsieur. Mon-Mr-Maurice trouve qu’elles sentent bon et que leur jupe « près du corps » leur va bien. Je les trouve moches et vulgaires.
Nous prenons nos places. Mon-Mr-Maurice près du hublot, moi à côté (je ne veux pas regarder l’aile de l’avion pendant le vol et surtout pas nous voir tomber. Mon côté autruche.).

Je jubile cependant l’espace de 3 secondes en attachant ma ceinture. Je suis obligée de la resserrer. Moment rare…

Je vérifie le contenu de la petite pochette en face de moi : le journal de la compagnie, le petit sac à vomir, les consignes de sécurité. Tout y est.

Tout en relisant les consignes de sécurité et notamment le passage à propos du gilet de sauvetage, nous glissons de concert une main sous nos sièges.
Tu l’as trouvé ?
Non, et toi ?
Non plus… 
… 

Nous n’avons pas le temps de nous interroger davantage, on nous annonce le décollage. J’attrape à pleines mains crispées les deux accoudoirs et je lève les pieds. Oui, je lève les pieds. Je n’ai jamais posé les pieds sur le sol d’un avion en vol. Poser les pieds sur un sol qui ne repose sur rien est pour moi inconcevable. Je les cale donc sur la petite barre sous le siège.

Les hôtesses font leur numéro habituel. Personne ne les regarde. Elles nous rappellent qu’en cas de problème, nous devrons suivre les consignes de l’équipage. De toute façon, quand un avion se crashe, les hôtesses s’écrasent avec les passagers.

Les hôtesses s’harnachent à leur tour sur leur fauteuil dédié et nous décollons. Scotchée au dossier, les yeux fermés, les pieds ne touchant pas le sol, les articulations des mains blanchies par la contraction, je suis résignée. Je me dis que j’ai bien vécu, que c’est un peu jeune pour mourir mais que, ma foi, c’est mon destin. Je pense à ceux que j’aime. Mon-Mr-Maurice tente de faire bonne figure mais il reste malgré tout figé. Il m’embrasse en me disant que c’est peut-être la dernière fois. Tout va bien…

L’avion traverse des turbulences. Que fait donc le pilote ? Toujours au téléphone ?! Et le copilote, comment va-t-il dans sa vie ? Heureux ? Pas de souci particulier ? Il prend des médicaments ? Il a passé une visite médicale récente ?

J’observe les hôtesses et étudie leurs réactions avec soin. Elles ne semblent pas inquiètes. Elles passent avec leur chariot et les boissons habituelles. J’ai envie de faire pipi. Vu qu’il est impossible d’aller aux toilettes sans toucher le sol, je renonce. De toute façon, me souvenant des toilettes dans les anciens trains avec la voie que l’on voit défiler par le trou, je n’y serais pas allée. Si c’est la même chose dans un avion…

Soudain, c’est le drame. On entend la voix du pilote qui nous annonce froidement :

Il n’y a plus d’essence !

Mon sang ne fait qu’un tour. Ca y’est, le moment de la dernière heure est arrivé (voire dernière minute car il ne nous dit pas si le réservoir est totalement vide ou si il reste un ou deux litres). Adieu. Je me raidis et atterrée, je demande d’une voix nouée à Mon-Mr-Maurice :

Tu as entendu ce que vient de dire le pilote ?!
Oui, et alors ?
Il n’y a plus d’essence !
Mais non… Il a dit « Début de descente »…

Je ne dis plus rien. Je me sens ridicule. J’en rirai plus tard si Air Corsica me prête vie mais pour l’instant, j’opte pour le silence.

Enfin, la voix du pilote retentit à nouveau :

Atterrissage dans quelques minutes. La température à Paris est de 28° C.

Lorsque le train d’atterrissage s’ouvre et qu’enfin les roues touchent la piste, j’ai envie d’applaudir mais comme personne ne le fait, je me ravise. Je repose sur le sol mes pieds engourdis par une heure et demie de barre fixe.

Nous sommes sauvés. Par contre, nous devrons prendre un vol retour… Je sors de cet avion en pensant déjà au moment où je rentrerai dans le suivant…

C’est grave docteur ?"
Dernière édition par Linoute le Sam 23 Déc 2017 08:51, édité 1 fois.
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede moicestmoi » Ven 22 Déc 2017 23:17

:love: :love: je suis une grande fan

j'adore les allusions et le phrasé... vivement la suite
Haaaaaaaaa !!!!!!!!!!!!!! avant la 32, j'avais une bonne ouie, maintenant, c'est non ;-)
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Re: Un peu de lecture ?

Messagede Jules » Ven 22 Déc 2017 23:36

Moi aussi je suis fan :bravo: :bravo:

:D
Sur la plage ensoleillée, coquillages et crustacés ...
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